Reni-Mel, artiste-peintre – clés d’une œuvre (1)

 

Présentation

 

L’œuvre picturale de Reni-Mel est singulière; comme fut unique en son genre la personnalité charismatique qu’il a campé sa vie durant, avec conviction et élégance. De son vivant, la majorité de ses pairs, ses multiples commanditaires et le public reconnurent la qualité de sa production; aujourd’hui encore, nul ne reste indifférent à cette œuvre, qui se distingue au premier coup d’œil, ce qui n’est déjà pas rien…  Singulier ? Il aurait sûrement préféré ce qualificatif à celui  »d’original », renvoyant trop à des conceptions de l’Art Moderne dont il a désavoué avec constance la dérive et les errements au XXème siècle. Hâtivement cataloguée dans les courants néo-réalistes et post-impressionniste, son œuvre y a sans doute puisé ses sources, pour une large partie; mais en près de soixante ans d’activité, elle a subi des influences et connu des mutations qui mériteront une exégèse moins sommaire. Jusqu’ici, l’absence d’études critiques sérieuses de cette œuvre ne lui a pas assuré la notoriété et la postérité qui lui revient sans doute.

Pour introduire ce libre essai biographique, première tentative du genre, précisons d’emblée ses objectifs et sa forme particulière, à la fois narrative et critique.  En effet, la longue vie de cet artiste ne fut ni linéaire, ni tranquille, et sans doute échappa-t-elle largement à son contrôle, pour un parcours bien plus aventureux que celui qu’il s’était initialement projeté. C’est évidemment ce qui la rendit passionnante; même si elle n’a pas suivi les voies erratiques, mais finalement plus attendues d’autres contemporains aventureux des arts visuels, plus provocants, qui avaient choisi pour leur part la déconstruction radicale de l’esthétique héritée du passé.

Aucun artiste, aussi libre soit-il, ne saurait échapper totalement à ses racines culturelles, à ses origines sociales ou ses déterminants familiaux, ne serait-ce – à l’extrême – que pour mieux les transcender, ou bien s’en affranchir plus ou moins brutalement dans son œuvre. D’entrée de jeu, on s’efforcera donc ici de donner le plus clairement possi­ble les sources, le fil directeur et les ressorts intimes de l’itinéraire professionnel et privé de Reni-Mel. L’un comme l’autre fusionnèrent dès l’origine dans le creuset infernal de la Grande Guerre et en ressurgirent, comme pour beaucoup de combattants d’alors, vers un destin imprévu avant 1914. De même, la perte très prématurée de sa mère encore jeune, l’admiration constante et sans borne qu’il voua à un père créatif et leur profonde estime et affection mutuelle, sa passion fidèle pour l’Armorique de ses ancêtres ont conditionné en permanence son parcours et son œuvre.

Assumant mon statut d’auteur-archiviste, mais aussi de témoin direct et permanent de sa vie quotidienne durant trois décennies, je peux me référer à des sources familiales vérifiées, sans lesquelles on saurait peu de chose aujourd’hui de la réalité du  parcours et de l’intimité de cet artiste, les témoins d’époque ayant désormais tous disparu. En redécouvrant l’homme et l’artiste, chacun appréciera à son gré l’imperfection relative de ce premier essai biographique, qui tente surtout de mettre en perspective une œuvre restée largement hors de vue jusqu’ici. Sans la présence et la faconde de son auteur, en retrait de la scène artistique depuis cinquante ans, il devenait utile de restituer l’essentiel de ce contexte. C’est ce qui m’a guidé, avec un souci prioritaire d’objectivité optimale,  comme avec le respect du lecteur que j’espère convaincre de s’intéresser plus avant à un créateur dont l’œuvre éveille toujours, et à juste titre, l’attention et même l’investissement d’une nouvelle génération de connaisseurs.

Serge RENIMEL, Docteur en Histoire de l’Art et Archéologie

 

Remerciements

À mon père Paul, filleul et légataire universel de l’artiste, qui a sauvegardé ses archives rescapées et avait transcrit fidèlement les mémoires orales de tradition familiale parfois séculaire. Chroniqueur et écrivain de talent, il aurait aussi pu être l’auteur de cette biographie, si son parcours vital n’avait pas été brusquement et bien trop tôt suspendu en 1988. Ce récit de filiation lui est donc dédié à l’évidence.    

À ceux de mes amis, proches et confrères qui, pour avoir découvert l’artiste à travers l’une ou l’autre de ses œuvres, m’ont encouragé à construire son catalogue raisonné exhaustif, tâche de longue haleine dont cette biographie est aussi la clef indispensable. Mention spéciale à Stephane Audoin-Rouzeau, qui m’initia à l’Histoire culturelle de la Grande Guerre, et m’a apporté, avec l’amitié dont il m’honore encore, son éclairage sur l’imprégnation perpétuelle de ceux qui y survécurent et la place de l’Art dans ce chaos.     

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Par convention, pour l’ensemble de cet ouvrage, la dénomination d’État-Civil ‘’Léon Renimel’‘ est limitativement employée pour les seuls faits de vie privée et liens généalogiques de l’intéressé. Le pseudonyme ‘’ Reni-Mel  » qui est l’appellation d’usage exclusive (sans prénom) qu’il avait adoptée dès l’âge de 19 ans et pour toute sa carrière profession­nelle, comme sa vie sociale et même privée, est donc systématique­ment privilégiée dans tous les autres cas.
Par ailleurs, pour lever toute confusion dans le cours du texte ou les références, le père de l’artiste (1860-1935) et son neveu et filleul (1921-1988), tous deux prénommés Paul sont respectivement désignés comme PaulSr. [senior] et PaulJr. [junior].
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