Reni-Mel, artiste-peintre – clés d’une œuvre (5)

 

une œuvre eclectique

 

Le catalogue raisonné de l’artiste, qui n’est pas encore définitivement exhaustif, donne la juste mesure des thèmes et sujets qui jalonnent sa production sur une période d’activité de cinquante-six années. De son vivant, Reni-Mel n’a lui-même répertorié ses productions et identifié ses acheteurs que par de simples listes qui sont loin d’être intégrales, et manquent cruellement de rigueur ou de détail, sauf pour les formats. Cent ans après son début d’activité, je me suis donc attelé à la constitution d’un véritable catalogue raisonné  informatisé. Établi par recoupement entre les archives rescapées des multiples pérégrinations de l’artiste, les inventaires accessibles de collections publiques et privées et les références de ventes sur le Web, cette base de données identifie et renseigne plusieurs  centaines d’œuvres parachevées de toutes dimensions.

On remarque ainsi le rythme très cahotique de sa production picturale, qui vit l’alternance de courtes périodes extrêmement prolifiques et de phases bien plus longues, et relativement stériles. À ce propos, et sans tenter une moyenne annuelle qui n’aurait pas grand sens, on doit bien sûr tenir compte des délais d’exécution de certaines commandes ayant monopolisé chacune plusieurs mois, voir plus, vu la technique d’exécution et les formats parfois hors normes. De plus, les deux guerres mondiales et les crises économiques majeures du courant du XXème siècle ont évidemment joué un rôle déterminant en la matière, le privant de longues années durant des commandes civiles des temps de paix ou de prospérité. Après la période la plus faste des années 1920-1930, Reni-Mel a ainsi voué une part non négligeable de son temps à l’enseignement de l’histoire des arts et à ses responsabilités au sein des comités d’artistes au détriment de sa production personnelle.

Parallèlement, en ce qui concerne les sujets traités dans cette œuvre de plus d’un demi-siècle, il n’est pas surprenant que la mobilisation de l’artiste sous les drapeaux de 1913 à 1921, l’ait distrait des thématiques civiles et spontanément porté à témoigner de l’ambiance de guerre et des tragédies vécues au front, comme la plupart des artistes de son temps. Très logiquement, un dixième environ du total de sa production picturale peut donc être qualifiée de peinture d’histoire ou de guerre. C’est juste la proportion du temps de sa propre vie qu’il voua au service de sa patrie d’origine, des combats de Champagne à ceux de Verdun et Saint Mihiel, puis comme officier réserviste de 1936 à 1940, et même comme artiste-chômeur réquisitionné au S.T.O. à près de cinquante ans pour garder les voies de chemin de fer…

combats 14-18  Verdun, la Relève (esquisse 1916)      – Reni-Mel  –                       Le nettoyeur de tranchées (1917)

En 1921, le titre de ‘’peintre officiel du Ministère de la Guerre’’ lui fut alloué en contrepartie de son don du monumental tableau « France 1914 ! » aux Invalides. Par la suite, il eut bien du mal à maîtriser les effets pervers de cette distinction sur une partie de sa carrière. Lui-même d’ailleurs eu la maladresse de la faire valoir ponctuellement dans ses périodes de vaches maigres des années de Crise. Mais l’évidence reste que plus de quatre-vingt dix pour cent de son œuvre est d’essence purement civile, et sans la moindre connotation historiographique. À l’exception près de quelques rares scènes de genre reconstituant la conquête de l’Ouest américain qu’il lui plut de composer en hommage aux mythes amérindiens qui bercèrent son enfance et à sa vénération pour ces cultures. 

Désormais, on pourra donc restituer des repères vérifiables de son parcours et de sa production, et considérer d’un œil objectif la manière dont il a témoigné, quelques années durant, de son expérience vécue de la violence de guerre. La vertu première d’une biographie authentique comme celle-ci est littéralement de ressusciter la véritable personnalité du créateur en éclairant son œuvre; et en rétablissant des distorsions par trop excessives qui ont pu aboutir à le cantonner au réduit d’un seul genre, jusqu’à la caricature. L’affranchir d’une étiquette militaire aussi arbitraire qu’anecdotique, ce n’est donc pas concéder à la tentation de réhabi­liter un artiste en occultant une qualification désormais honnie de la doxa bien-pensante. En réalité, la remise en contexte historiographi­que de l’œuvre de Reni-Mel, encore intégralement dans l’ombre pour le moment, doit seulement rétablir une véritable redécouverte de cette œuvre en toute objectivité et liberté de jugement critique. On trouvera donc ici tous les éclaircissements factuels donnant accès à l’abondante production de cet artiste qui, pour être restée figura­tive par choix délibéré, appartient néanmoins à l’Art Moderne de son temps, et relève, pour l’essentiel, d’une approche sensible et éclectique du genre humain et des paysages français et américains.

Par atavisme et par passion, et bien qu’il n’ait visité la Bretagne qu’en touriste venu des U.S.A. jusqu’en 1934, puis de Paris ensuite, Reni-Mel reste avant tout un remarquable témoin visuel de cette région et de sa culture. À part égale de passion, et de talent reconnu, il peignit l’ouest américain, New-York, la Nouvelle Orléans ou le Québec, les grands espaces et les réserves indiennes; d’abord comme résident permanent sur place, puis comme visiteur fidèle après sa réinstallation en France. L’occasion de séjours dans sa belle-famille, et la lumière des collines nîmoises l’ont également inspiré; bloqué et désœuvré dans Paris, dans les années 1940, il brossa aussi une série de vues de la capitale et de ses abords. Son catalogue recense également une assez large gamme de portraits de très belle facture: des amis artistes, des mécènes et personnalités en vue, des membres de sa famille, etc. Il a aussi reconstitué avec brio, à la manière d’un reporter sur le vif, quelques scènes historiques du Paris de l’Occupation allemande et de la Libération, mais c’était autant par patriotisme que pour honorer des commandes publiques.

Reni-Mel, 1930  –  Rochers de Bréhat (panneaux d’esquisses en petit format pour les commanditaires américains)

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