Reni-Mel, artiste-peintre – biographie (2)

 

Racines et formation

Héritage celtique d’un authentique parisien

Bien qu’il n’ait pas vu le jour en terre armoricaine comme tous ses ascendants, la personnalité de Reni-Mel est indissociable de ses très prégnantes racines bretonnes. Né à Paris au début de la Belle Époque [1], Léon Renimel descend en effet d’une monolignée rurale qui pourrait bien avoir été cantonnée depuis un demi-millénaire, ou plus, au même micro-terroir, en lisière de la forêt de Paimpont [2]. Les enquêtes généalogiques assez poussées entreprises dans les années 1920 par le père de Léon lui avaient permis de préciser l’antériorité immémoriale et la stabilité de son ascendance directe sous l’Ancien Régime, où les chefs de famille étaient, de très longue date, paysans aisés sur ce même terroir. En remontant vers sa souche originelle, au moins jusqu’à la Renaissance, et en deçà, la tradition familiale s’est aussi attachée à s’envisager de potentielles origines féodales [3].

Dans un autre registre, plus littéraire, ce petit territoire frontalier du Morbihan et de l’Ile-et-Vilaine reste identifié à celui de la légendaire forêt de Brocéliande; c’est donc le mythique cadre terrestre traditionnellement donné au cycle Arthu­rien. Les fantômes du roi et de ses cheva­liers de la Table Ronde, ceux de Merlin, Viviane et de Mélusine et de bien d’autres héros de la tradition celtique hantent  donc ces mêmes parages et l’imaginaire du jeune Léon, comme de son père déraciné à Paris. Jusqu’à nos jours, ces mythes  ont généré une attractivité touristique qui concourt aujourd’hui à la prospérité locale. Sans se départir de leur rationalité foncière, PaulSr.puis son fils Léon y ont trouvé un ancrage spirituel et culturel qui a nourri la créativité litté­raire du premier, qui transcenda ainsi son déracinement d’origine; ce faisant, cet ancrage à la fois généalogique et imaginaire a aussi fécondé celle de son fils Léon qui en fut imprégné sa vie durant et la transposa en quelques occasions dans sa production graphique et picturale.

Le pseudonyme choisi par l’artiste Reni-Mel  est aussi le fruit de ses convictions généalogiques: selon son père, ses aïeux post-médiévaux descendraient d’un ‘’noble gueux’’ identifié comme René Mel-de-Gouësnel. Selon l’historiographie régionale, ces rustres auraient été anoblis pour services rendus comme fidèles valets d’armes de Bertrand du Guesclin [4]. Dans la tradition familiale, le Connétable de France, célè­bre compagnon de Jeanne d’Arc les aurait ainsi gratifiés de quelques essarts pris sur des domaines en déshérence autour de ses propres fiefs, notamment au lieu-dit ‘Gouësnel’. Après le XVIème siècle, ces modestes fiefs d’origine se seraient ensuite fragmentés et démembrés au fil des successions, puis finalement dissous. De son vivant, Reni-Mel a relativisé ces origi­nes plutôt  floues, sinon plausibles qui comblaient d’aise son imagination, mais restaient sans preuves historiographiques démontrables. Il en a surtout justifié à maintes reprises le choix de son identifiant d’artiste, et sa logographie particulière : le pseudonyme Reni-Mel qu’il employa dès sa toute première œuvre d’adolescence est donc une référence explicite à l’ancêtre putatif rescapé de la Guerre de Cent Ans, et considéré comme le fondateur ‘’de principe’’ et le héros emblématique de sa lignée armoricaine.

Dans les faits, bien que son lieu de naissance au cœur du quartier du Temple fasse de lui un parisien légitime  et à part entière pour la première fois dans sa lignée paternelle, Léon n’est pas le premier à avoir fait souche dans la capitale: trois générations avant lui, son bisaïeul Jean (1789-1860) avait été  le premier venu de Bretagne pour s’établir à Paris: né à Guer, il n’y avait vécu que sa jeunesse, avant d’être arraché à son terroir à l’âge de vingt ans et embrigadé par Napoléon 1er pour sa guerre d’Espagne [5]; l’aîné de ses fils Joseph-Marie (1827-1871) connut un sort analogue: d’abord mis en nourrice en Bretagne, puis réinstallé là-bas comme jeune laboureur,  il s’engagea comme gendarme impérial, mobilisé ensuite par Napoléon III pour sa guerre de Crimée en 1854-55 [6]. La tradition orale familiale a transmis de ces deux gaillards, revenus quelques temps à la vie civile en Bretagne, puis finalement installés à Paris, une mémoire précise de rusticité culturelle en parfait accord avec leurs origines, et de rudesse de mœurs fatalement conforme à leurs antécédents à la fois ruraux et soldatesques. 

Ensuite, le père de Léon, PaulSr. (1860-1935), fils aîné de Joseph-Marie, était lui-même né et avait aussi grandi sur le terroir ancestral de Bretagne. Âgé de onze ans à la mort de son ex-gendarme impérial de père (reconverti en imprimeur à Paris), il est expédié à la Capitale auprès de sa mère devenue veuve. Après son long apprentissage, puis ayant épousé la fille de ses patrons, il s’établit à son compte comme orfè­vre dans le quartier du Temple. Après trois générations de parisiens d’adoption, Léon, fils aîné de PaulSr est donc bien le premier des Renimel à voir le jour dans la capitale. Et pourtant, le lien avec les racines bretonnes d’origine reste extrêmement prégnant pour lui, et ne se rompra matériellement qu’à la génération suivante, celle de PaulJr [7], son neveu et filleul. Malgré cela, et jusqu’à nos jours, le lien spirituel et affectif avec la Bretagne des origines reste toujours bien réel pour cette branche multi-séculaire des Renimel. Sans hasard, ce lien se concrétisera même de nouveau avec la réinstallation en résidence secondaire de PaulJr. et de sa famille en sud Morbihan de 1971 à 1999. Dans sa fonction d’aïeul référent et adulé de cette famille, Léon en fera sa villégiature privilégiée pour son ultime décennie d’autonomie.

N’ayant pas vu le jour ni grandi d’abord sur le terroir breton comme tous ses ascendants, Léon a quand même vécu ses cinq premières années hors Paris. À défaut des lisières de la forêt de Paimpont, comme c’était habituel pour ses ascendants, et selon les usages de son milieu de placer les nouveaux-nés dès le premier âge, il est d’abord mis en nourrice jusqu’à sa cinquième année à Méréville, en Beauce; ce choix est alors fait par ses parents pour leur faciliter une proximité avec l’enfant, et la nourrice y est quand même bretonne ..!  Ensuite, en 1898 aura lieu une tentative de placement de Léon en Bretagne chez une nourrice à Guer, , qui le maltraitera, puis chez des cousins locaux; ceci écourtera son séjour au terroir d’origine de sa lignée paternelle; mais, par la suite, Il goûte régulièrement l’air armoricain pour des visites aux collatéraux demeurés à Guer, et pour des séjours estivaux d’enfance et d’adolescence avec ses parents sur les littoraux de Lorient ou de Saint Malo. Dans l’ombre d’un père littérale­ment obsédé par ses racines celtiques, celles-ci ont donc toujours constitué pour lui un repère mental et culturel absolument majeur. La Bretagne domine toute l’œuvre ultérieure de Reni-Mel, aussi bien pour les tableaux esquissés sur le motif lors de ses villégiatures annuelles et exécutés ensuite à New-York que pour les séries produites après son retour en France. Les gens et les paysages de sa région de cœur inspireront ainsi près de la moitié des quelques 350 œuvres actuellement répertoriées à son catalogue raisonné.

[1]  le 10 avril 1893, au domicile de ses parents du 7 rue de Nemours dans le 11èmearrondissement
[2]   La paroisse de Guer en Morbihan [Gwern-Porc’Hoed] est le berceau exclusif et permanent de la lignée portant le patronyme RENIMEL depuis l’Ancien Régime au moins ; aux confins occidentaux de la Haute Breta­gne, elle marque une avancée extrême du Pays Gallo sur la péninsule armoricaine, à la frontière assez indé­cise des territoires de langue bretonne, commençant à très peu de distance plus à l’ouest.
[3]  Les recherches généalogiques menées vers 1920 par Paul Renimel Sr., lui avaient permis de confor­ter les témoigna­ges familiaux de grande stabilité territoriale de la lignée au moins depuis la fin du XVIème  siècle. La qualifi­cation de laboureur constamment déclarée par les membres de la famille dans les actes d’état-civil de l’Ancien Régime correspond à une catégorie restreinte de paysans aisés possesseurs d’attelages et travaillant en fermage pour les domaines aristocrati­ques.En France, le patronyme RENIMEL reste encore aujourd’hui d’une extrême rareté (une centaine d’individus environ); ce qui conforte l’hypothèse d’une souche originelle unique limi­tée au territoire de Guer. La ruine de chapelle funéraire de la lignée descendant du chevalier René Mel de Gouesnel dont l’inhumation de l’ultime héritière du nom et du titre remontait au XVIIème siècle a pu être obser­vée pour la dernière fois en 1940, avant sa déshérence et sa destruction par la commune.
[4]  le siège dynastique du Connétable de France Bertrand Du Guesclin (1320-1380) est historiquement avéré sur ce même micro-territoire ; il y est né et y a grandi parmi ses compagnons locaux qui constituèrent le noyau d’origine de ses premières troupes (dont certaines constituèrent ensuite les redoutables « Grandes Compa­gnies »). La tradition d’une origine familiale issue de «nobles gueux» du Moyen Age tardif, anciens compa­gnons d’armes du célèbre Connétable, puis progressivement déchus de leurs domaines – et partant de leurs titres – par la suite reste évidemment à sourcer et objectiver.
[5]  soit en 1809 ; blessé et probablement mutilé durant cette campagne, puis ayant été retenu sur place volontaire­ment ou non, l’intéressé est demeuré en Espagne jusqu’en 1815 ; il regagne ensuite son terroir breton d’origine, et s’y marie en 1827, en qualité de «laboureur». Il émigrera ensuite à Paris au milieu du XIXèmesiècle pour s’y établir comme artisan. En 1857, il reçut la médaille de Sainte Hélène, alors créée par Napoléon III pour hono­rer les survivants des campagnes de 1792-1815 (source : Paul RENIMEL Sr. 1923, Journal et Paul RENIMEL Jr. 1987 Chronique familiale – y incluses les archives d’État-Civil qui sont référencées dans ces deux manus­crits autographes).
[6]  Né à Guer en novembre 1827, il s’engage dans la gendarmerie impériale vers 1852 pour un service réglemen­taire de 15 ans ; du fait de ses états de service, il sera toutefois prématurément libéré de ses obligations dans ce corps d’élite. Marié et père de famille, il s’établit ensuite à Paris dès 1857 comme papetier-imprimeur, où il décède accidentellement en 1871 (source : ibidem)
[7]  né en 1921 à Paris 20ème


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