Reni-Mel, artiste-peintre – biographie (4)

Racines et formation

parcours scolaire et apprentissage artistique

 

Dès l’enfance, Léon Renimel brille à l’école et y fait très tôt preuve de dons artistiques précoces. Élève de l’enseignement primaire, il obtient son Brevet supérieur avec mention d’excellence en 1906; la même année il décroche aussi le 1erprix du concours général de dessin. Puis, de 1907 à 1912, il suit chaque soir l’enseignement académique complet des Beaux-Arts à l’école parisienne de la Bijouterie-Orfèvrerie-Joaille­rie, où l’on retrouve nombre de maîtres venus de la rue Bonaparte.  Il y bénéficie aussi d’une formation complète aux techniques décoratives et d’Arts Appliqués. Durant la journée, dans l’atelier paternel, il collabore à la conception et à la réalisation de pièces origina­les d’orfèvrerie et de joaillerie, ou exécute en sous-traitance des comman­des venues de prestigieuses maisons parisiennes. À la fin de cette période, il perfectionne aussi son expérience de dessin académique et de portrait en fréquen­tant, comme tous les rapins, les ateliers libres, principalement ceux de l’Académie Julian et de la Grande Chaumière.

Repéré pour ses travaux graphiques d’adolescence plusieurs fois primés dans le cadre scolaire, il est recommndé en 1910 à Edouard Detaille (1848-1912); ce grand maître d’alors l’oriente au préalable pour deux ans vers le circuit de formation supérieure à l’académisme, puis l’admettra trop tardivement à participer directement à l’activité de son ate­lier. Reni-Mel, élève d’Edouard Detaille? Le raccourci est excessif: en réalité le stage ne durera que quelques mois courant 1912, juste avant la disparition de ce maître; Entre ses multiples activités, le jeune aspirant-peintre sera donc admis seulement quelques heures par semaine aux côtés de Detaille pour participer à l’élaboration de grands formats peints dont celui-ci était spécialiste.

Dans la foulée, Reni-Mel fera aussi un passage-éclair par l’atelier d’un autre maître de la peinture historique de l’époque, Fernand Cormon (1845-1924). Aussitôt admis dans l’atelier de cet autre maître, le jeune stagiaire manifeste sans ambages son incompatibilité idéologique  et esthétique avec lui et critique vertement le courant de peinture qu’il représente: par la suite, Reni-Mel témoignera clairement de leurs divergences en matière de représentation de l’Histoire, et de la manière dont il fut congédié sans délai ni ménagements de cet atelier pour ses interprétations trop libres, et son point de vue pictural jugée bien trop ‘’moderniste’’ au goût du très réactionnaire peintre militaire et académicien à l’ego surdimensionné…

Finalement très passagères, surtout pour la seconde, ces expérien­ces néanmoins formatrices au contact d’ateliers des célébrités picturales d’une époque totalement aliénée à l’hystérie patriotique et anti-prussienne ont néanmoins permis au jeune Reni-Mel de saisir au vol avec une dextérité surprenante, et de perfectionner par lui-même ensuite les solides bases techniques de la ‘’grande peinture’’ du XIXème siècle français: sa maîtrise particulière de mise en scène et de composition, l’exécution des glacis ou des formats hors normes seront les bases constantes de ce que tous s’accordent à qualifier de ‘’bonne peinture’’ jusqu’à aujourd’hui. Sa carrière durant, il tirera donc profit de son parcours composite de formation, à sa manière anti-académique, notamment par un sens affuté et une solidité picturale qui est manifeste, même sur ses toiles de taille réduite.

Dès ses débuts en peinture, Reni-Mel s’essaie à de premières créations personnelles, qui n’ont rien à voir avec le genre histori­que: portraits privés et paysages en sont l’essentiel. Dès lors, il confirme sa vocation définitive et adopte son pseudonyme d’artiste définitif sous la forme Reni-Mel qu’il libellera invariablement sans prénom, pour toujours. Toutefois, pour ses premiers essais picturaux identifiés, il signe encore parfois du simple monogramme ‘RM’ qu’il utilisait dans sa prime jeunesse pour identifier ses études et maquettes graphiques de joaillerie et pour poinçonner ses réalisations d’orfèvrerie. C’est à cette époque, alors qu’il vient juste d’atteindre ses 18 ans, qu’il annonce à son père vouloir se consacrer pleinement et exclusivement à la peinture, en renonçant à sa participation à l’atelier d’orfèvrerie familial. Décision concertée avec le père qui y donne son aval et son appui sans réserves; il va même jusqu’à contribuer à la location du premier atelier d’artiste de son fils aîné pout lui permettre de s’exprimer pleinement, et en toute indépendance. Les années 1912-1914 seront donc entièrement vouées à un parcours de perfectionnement et d’expérimentation seulement interrompu par un appel sous les drapeaux dont il sera provisoirement ajourné pour raisons de santé.

Malgré son choix professionnel très tôt déterminé, Reni-Mel restera un ‘’artiste hors statut’’ pendant toute la première décennie de son activité. Avant que la guerre n’éclate, son milieu et sa qualification artisanale d’origine ne lui ont pas ouvert d’emblée la voie vers les cimaises des salons officiels; aucun marchand curieux ne s’est intéressé à lui… Aucune mention dans ses archives et mémoires d’une première vente. On comprend mieux ce que va signifier pour lui l’expression ‘’parcours du combattant’’, commune à la quasi totalité de ses confrères en art à leurs débuts ! On devine bien la détermination qui l’anime jusqu’au cœur des tranchées de sortir vivant du carnage, mais aussi de regagner le monde civil nanti d’une pleine reconnaissance de son statut d’artiste.  En 1915, sous l’uniforme de la préparation militaire à l’École militaire de Joinville, puis en rejoignant le front de Champagne, Reni-Mel ne lâchera donc pas ses crayons et pinceaux, au contraire. Sur le terrain même, il poursuit à chaque occasion de liberté sa pratique de captation ‘’sur le motif’’ des combats et de leurs effets immédiats sur les hommes, les bêtes et des paysages ravagés.

Sans chercher à être missionné ni habilité par sa hiérarchie pour faire valoir son savoir-faire artistique, il réplique alors de son propre chef une activité similaire à celle des ‘’peintres aux armées’’ officiels, alors mandatés par le Ministère de la Guerre, et qu’il égale certainement en talent. Selon ses témoignages tardifs de fin de vie, il est assez clair qu’au début de la Grande Guerre, il a voulu éviter d’aliéner sa liberté d’expression artistique et d’apparaître ‘’embusqué’’ parmi la cohorte des artistes officiels; posture sur laquelle il reviendra à sa manière, jusqu’à s’imposer à l’Institution en franc-tireur de la peinture allégorique inspirée par le  conflit et qu’il impose à tous par un coup d’éclat. Finalement, en 1921, enfin rendu à la vie civile, il finira par être formellement accrédité comme peintre officiel  du Ministère de la Guerre, au seul prétexte qu’il avait eu le culot de faire co-signer son monumental tableau ‘France !’ par Foch, Généralissime des Armées Alliées… À ses dires postérieurs un peu amers, cette nomination assortie d’une pension symbolique fut aussi une astuce de pingrerie du Ministère pour lui régler à moindre frais, et à tempérament, l’acquisition du grand tableau ‘France !’ dès lors intégré  à perpétuité aux Invalides comme monument national !

 

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